Découvre les effets surprenants de l'amorçage appliqués au street art. Au menu : Daniel Kahneman, notre machine associative et les deux vitesses de la pensée.

Street art : l’impact étonnant de l’effet d’amorçage

Temps de Lecture : 11 minutes

Découvre les effets surprenants de l’amorçage appliqués au street art. Au menu : Daniel Kahneman, notre machine associative et les deux vitesses de la pensée.

Si tu es un(e) fidèle du blog, tu sais déjà que j’aime beaucoup les contenus de Stan Leloup, de sa chaîne YouTube (Marketing Mania) et de son podcast.

Un jour, Stan avait conseillé à son audience de relire les livres « business » les plus marquants.

Au début, j’avoue avoir été sceptique en écoutant ce conseil et puis ce mois-ci, j’ai décidé de m’y mettre.

J’ai donc relu donc « Système 1 Système 2 » de Daniel Kahneman qui analyse :

  • Comment nous prenons nos décisions ?
  • Qu’est-ce qui guide nos préférences et nos jugements ?
  • Quand faut-il faire confiance à notre intuition ?

Je dois dire que je valide complètement le conseil de Stan. Pourquoi ?

Relire un livre « Business » nous permet de :

  1. Réactiver tout ce qui t’avait plu la première fois et que tu as progressivement oublié, au final 80 % dans le meilleur des cas.
  2. Favoriser le passage à l’action. Souvent, tu lis un truc génial, tu le mets de côté, en disant que tu y reviendras plus tard et puis finalement, tu le zappes et tu passes aux prochains contenus.

Avant que j’oublie, tu peux aussi découvrir :

Ok Guillaume, mais c’est quoi le rapport avec le street art ?

Petit(e) impatient(e), lol…

Tu sais que j’aime bien faire des parallèles surprenants entre le street art et :

  • le marketing,
  • le design,
  • la psychologie…

Si tu me le permets, laisse-moi encore te convaincre.

Système 1 Système, c'est quoi ?
Street art à Lyon

Système 1 – Système 2, c’est quoi ?

Pour faire simple, disons que depuis des décennies, les psychologues se passionnent pour nos deux vitesses de la pensée.

Système 1

Le système 1 fonctionne automatiquement et rapidement, avec peu ou pas d’effort et aucune sensation de contrôle délibéré.

Si tu aimes les couleurs et que tu vois un street art coloré dans la rue, ton regard va être automatiquement attiré.

Système 2

Le système 2 accorde de l’attention aux activités mentales contraignantes qui le nécessitent, y compris des calculs complexes.

Le fonctionnement du système 2 est souvent associé à l’expérience subjective de l’action, du choix, et de la concentration.

Par exemple, tu te rends au vernissage de la street artiste française Manyoly à Paris (chanceux) et tu analyses attentivement son street art.

Le système accorde de l'attention aux activités mentales contraignantes qui le nécessitent, y compris des calculs complexes.
Manyoly à Marseille (France)

Tu fais appel à ton système 2, tu fais l’action volontaire de porter ton attention sur son street art. Dis merci à ton système 2.

Notre machine associative

Avant d’entamer cette exploration des mécanismes étonnants de notre système 1, jouons un peu.

Prêt(e) ?

L’exemple des bananes (et du vomi)

Considère les mots suivants : bananes – vomi.

En une ou deux secondes, il t’est arrivé beaucoup de choses. Tu as vu des images et revécu des moments désagréables.

Tes traits se sont légèrement déformés en une expression de dégoût, et tu as même peut être eu un geste de recul imperceptible vis à vis de l’écran de ton smartphone.

Bref, tu as réagi au mot vomi par une version atténuée de ce que serait ta réaction face à l’événement lui-même.

Tout cela a été totalement automatique, indépendant de ton contrôle.

Sans raison particulière, ton esprit a automatiquement établi une séquence temporelle et un lien de cause à effet entre les mots bananes et vomi, créant un scénario flou où les bananes étaient responsables de ton malaise.

Daniel Kahneman

L’état de ta mémoire a également changé sous d’autres aspects :

« Tu es maintenant inhabituellement prêt(e) à réagir à des objets et des concepts associés à vomi (pour reprendre l’exemple), comme malaise, puanteur ou nausée (mais aussi gueule de bois ou indigestion), et à des mots associés à bananes, comme jaune et fruit. »

Appliqué au street art, si tu aimes le violet et que tu vois un graffiti violet dans la rue en allant à la gare, tu seras automatiquement plus heureux que si tu ne l’avais pas vu.

Sans raison particulière, ton esprit a automatiquement établi une séquence temporelle et un lien de cause à effet entre les mots bananes et vomi, créant un scénario flou où les bananes étaient responsables de ton malaise.
Street Art City (Lurcy-Lévis, France)

Ok Daniel Kahneman, explique-moi

Comme tu l’as remarqué, cette nuée complexe de réactions s’est produite :

  1. rapidement,
  2. automatiquement,
  3. sans effort.

Merci le système 1 !

Des idées qui ont été évoquées en déclenchent beaucoup d'autres, dans une cascade exponentielle d'activité cérébrale.
Cap Phi (Lyon, France)

Tu ne l’as pas voulu et tu n’as pas pu te l’empêcher. Ce processus s’appelle l’activation associative :

Des idées qui ont été évoquées en déclenchent beaucoup d’autres, dans une cascade exponentielle d’activité cérébrale.

Sans en être toujours conscients, les street artistes jouent à fond avec ce processus d’activation associative pour nous faire ressentir une foule de sensations quand on regarde leur street art.

Et le principe de cohérence

La caractéristique essentielle de cette succession complexe d’événements mentaux est sa cohérence.

Chaque élément est lié à un autre, soutient et renforce les autres. Le mot évoque des souvenirs, qui évoquent des émotions, qui à leur tour évoquent des expressions faciales et d’autres réactions, comme une tension générale et une tendance à l’évitement.

Daniel Kahneman

En pas plus d’une seconde, tu as accompli un exploit remarquable, automatiquement et inconsciemment.

Le mécanisme qui cause ces événements mentaux est connu depuis longtemps : c’est l’association d’idées.

Le mécanisme qui cause ces événements mentaux est connu depuis longtemps : c'est l'association d'idées. Street art Lyon
Street art sur les quai de Saône à Lyon (France)

Les merveilles de l’amorçage et le street art

Pour étudier les associations d’idées, le seul moyen des chercheurs est de poser à beaucoup de personnes des questions telles que :

Quel est le premier mot qui vous vient à l’esprit quand « tu vois ce street art de Zabou » ou que tu entends le mot JOUR ?

Les chercheurs comptabilisent la fréquence des réponses.

Les merveilles de l'amorçage et le street art avec Zabou
Zabou (Paris, France)

Et l’effet d’amorçage ?

Dans les années 1980, les psychologues découvrent que l’exposition à un mot entraîne des changements immédiats et mesurables quant à la facilité avec laquelle plusieurs mots liés pouvaient être évoqués.

Par exemple : si tu as récemment vu ou entendu le mot MANGER, tu es temporairement plus à même de considérer le mot incomplet PA-N comme PAIN que comme PAON.

L’inverse est vrai si c’est OISEAU que tu as vu juste avant.

J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. Tu sais maintenant ce qu’est l’effet d’amorçage.

L’idée de MANGER amorce l’idée de PAIN et OISEAU amorce PAON.

Appliqué au street art, l’effet d’amorçage est donc très puissant…

Dans les années 1980, les psychologues découvrent que l'exposition à un mot entraîne des changements immédiats et mesurables quant à la facilité avec laquelle plusieurs mots liés pouvaient être évoqués.
Street Art City (Lurcy-Lévis, France)

Les diverses formes de l’effet d’amorçage

Les effets d’amorçage prennent des formes diverses.

Si tu as l’idée de MANGER en tête en ce moment (que tu en sois conscient ou non), tu seras capable de reconnaître plus rapidement que d’habitude le mot PAIN quand il est chuchoté ou écrit en caractère flou.

Et évidemment, tu es amorcé non seulement par l’idée de pain, mais aussi pour une multitude d’idées liées à la nourriture, comme fourchette, affamé, graisse, régime, pizza, lasagne…

Les street artistes en peignant souvent dans des endroits isolés amorcent en nous un sentiment de transgression, de rébellion contre l’ordre établi, d’insécurité…

Les espaces de coworking qui font appel à des street artistes amorcent l’idée de créativité aux clients de leur espace. Malin, non ?

L’expérience de John Bargh

Laisse-moi te raconter l’expérience du psychologue John Bargh et de ses collaborateurs.

Ils ont demandé à des étudiants de l’université de New York de composer des phrases de quatre mots à partir d’une série de cinq mots.

Un groupe d’étudiants devait composer des phrases avec des mots associés à la vieillesse comme Floride, oubli, chauve, gris, ridé.

Illustration de l'effet Floride avec Ted NOmade
Ted Nomade pour son exposition à la Street Art City

Après avoir terminé leur exercice, ils devaient participer à un nouveau test dans un bureau à l’autre bout du couloir.

Or, c’est bien ce court déplacement qui était au centre de l’expérience.

Discrètement, les chercheurs mesuraient le temps qu’il fallait aux étudiants pour traverser le couloir.

Et devine quoi ?

Comme l’avait supposé le professeur Bargh, les jeunes qui avaient composé une phrase à partir des mots liés à la vieillesse se déplaçaient nettement moins vite que les autres étudiants.

L’effet Floride

L’effet Floride était né.

PS : la Floride comme Nice en France est réputée pour accueillir une forte population de personnes à la retraite.

L’effet Floride implique deux étapes de l’amorçage :

  1. La série de mots amorce des pensées sur la vieillesse, même si le mot vieux n’est jamais cité.
  2. Ces pensées amorcent un comportement, une démarche lente, qui est associée à la vieillesse.

Quand les étudiants ont été interrogés par la suite, aucun n’a signalé avoir remarqué que les mots avaient un thème commun. Tous ont soutenu que rien de ce qu’il avaient fait après la première expérience n’avait pu être influencé par les mots qu’ils avaient vus.

Tu n’en es peut-être pas conscient, mais la lecture de ce paragraphe t’a toi aussi amorcé.

Bref, tu comprends mieux maintenant comment les street artistes peuvent amorcer en nous du :

  • Bonheur,
  • La joie de vivre,
  • La réflexion,
  • Peur…

Les liens réciproques

Ce remarquable phénomène d’amorçage (l’influence de l’idée sur une action) est aussi connu sous le nom d’effet idéomoteur.

Le lien idéomoteur fonctionne également dans l’autre sens.

Par exemple, si tu es amorcé pour penser à la vieillesse, tu auras tendance à te comporter comme une personne âgée, et le fait de te comporter comme une personne âgée renforcera tes pensées sur la vieillesse.

Les liens réciproques sont courants dans la pensée associative.

Par exemple, le fait d’être amusé a tendance à te faire sourire et le fait de sourire à tendance à t’amuser.

Tu comprends mieux les fonctionnement de la méthode Coué.

Des gestes simples et banals peuvent inconsciemment influencer nos pensées et nos sentiments.

Ce remarquable phénomène d'amorçage (l'influence de l'idée sur sur une action) est aussi connu sous le nom d'effet idéomoteur.
Street art à Grenoble

Bonus : cet étranger qui est en toi

Les études sur les effets d’amorçage menacent l’image que nous avons en tant qu’auteurs conscients et autonomes de nos jugements et de nos choix.

Tu ne me crois pas ?

Laisse moi te raconter ces deux expériences.

Les études sur les effets d'amorçage menacent l'image que nous avons nous en tant qu'auteurs conscients et autonomes de nos jugements et de nos choix. street art à Grenoble
Grenoble (France)

Le vote, un acte (vraiment) délibéré ?

Tu considères probablement le vote comme un acte délibéré, reflet de tes valeurs et ton évaluation politique, qui ne subit pas l’influence de paramètres annexes.

Par exemple, penses-tu que ton vote pourrait être affecté par le lieu du bureau de vote ?

Non, évidemment pas Guillaume.

Et bien, laisse-moi te raconter cette étude sur les comportements électoraux dans certaines circonscriptions de l’Arizona (Etats-Unis).

En 2000, elle a montré que le soutien à des projets d’augmentation du financement des écoles était nettement supérieur quand le bureau de vote était installé dans une école.

Une autre expérience a révélé qu’en exposant les gens à des images de salles de classe et de casiers, on accroissait également la tendance des participants à soutenir une initiative favorable aux établissements scolaires.

Et l’argent ?

Lors d’une expérience, on a montré aux participants une liste de 5 mots à partir desquels ils devaient créer une phrase de 4 mots parlant d’argent.

Les gens amorcés par l’argent deviennent plus indépendants qu’ils ne le seraient sans ce déclencheur associatif.

Par exemple, ils tenaient deux fois plus longtemps pour tenter de résoudre un problème très complexe avant d’appeler l’expérimentateur à l’aide.

Ils sont également plus égoïstes : ils étaient beaucoup moins disposés à consacrer du temps à aider un autre étudiant qui prétendait ne pas comprendre une tâche expérimentale.

Les gens amorcés par l'argent  deviennent plus indépendants qu'ils ne se seraient  sans ce déclencheur associatif. Exposition street art One Shot à Lyon.
Exposition One Shot (Lyon, France)

Quand un expérimentateur a fait tomber ses crayons à terre, les participants ayant inconsciemment l’argent à l’esprit en ont ramassé moins.

Bref, le thème de ces découvertes est que :

  1. L’argent déclenche l’individualisme.
  2. Une répugnance à s’impliquer avec des tiers et à dépendre d’autrui.

Si tu as lu cet article jusqu’ici, un grand MERCI.

Je viens de te présenter cet étranger qui est en toi, qui contrôle une grande partie de ce que tu fais sans que tu ne t’en rendes compte.

Le système 1 fournit les impressions qui se transforment souvent en convictions. Le système 1 est la source des impulsions qui, souvent, deviennent nos choix et nos actes.

Cela fait réfléchir, non ?

A retenir (et à partager) sur l’amorçage et le street art

  1. La vue de ce street art de Zabou amorce ma créativité et ma bonne humeur.
  2. Le monde n’est pas aussi logique que tu le penses. Sa cohérence vient essentiellement de la façon qu’a notre esprit de fonctionner.
  3. J’étais amorcé pour trouver les défauts de ce graffiti, et c’est exactement ce que j’ai trouvé.
  4. Mon système 1 a construit une histoire, et mon système 2 l’a cru. Je te rassure : cela nous arrive à tous.
  5. Je me suis obligé à sourire et je me suis senti mieux !

Le savais-tu ? Chaque article me prend entre 3 et 4 heures de travail, soit 31,32€ au SMIC horaire net.  Je m’en fiche royalement car j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire cet article pour toi. Pour m’encourager, laisse-moi un petit commentaire sur cet article et partage-le avec un ami qui aime le street art. Cela ne te prendra que quelques secondes et cela me fera extrêmement plaisir. En plus, cela aidera mon site a être mieux classé dans Google.

Guillaume Servos

A toi, que penses-tu de mon parallèle entre effet d’amorçage et street art ?

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